Patrick Corillon a des affinités avec Borges et le poète portugais Fernando Pessoa qui n’a eu de cesse de propager des personnages fictifs, des amis, des connaissances, engendrés par le texte, en leur construisant des vies propres et en entretenant avec eux d’étroites relations. Ainsi, Patrick Corillon a lui-même créé une dizaine de personnages qui évoluent d’expositions en expositions à travers d’infimes bribes de leurs biographies. A l’origine (1988), il ne dévoilait pas leur identité. En 1991, l’artiste bouleverse les données en sortant d’emblée de l’anonymat des personnages fictifs d’une autre époque, comme Oskar Serti, né en 1881 et mort en 1959.
A l’instar d’un reporter, Patrick Corillon joue sur la figure de l’artiste qui voyage pour réaliser des expositions et relate des épisodes de situations aventureuses propres à chacun des personnages invités. Image de l’art comme aventure, comme risque. Référence aux mondes que l’on crée dans l’enfance. Depuis 1998, les histoires de Patrick Corillon quittent les personnages du passé pour se conjuguer au présent et s’accorder avec l’esprit de la communauté ; le nous, le vous, le on deviennent le sujet. A l’opposé des stratégies du monde d’aujourd’hui les histoires de Patrick Corillon ne se dévoilent que progressivement, elles frôlent les objets des lieux auxquelles elles sont attachées, mais ne livrent pas d’images. Sauf mentales. C’est une œuvre au sens qu’Umberto Ecco donne à ce mot ; une œuvre qui n’en finit pas, un hyper texte qui s’ouvre à l’infini.
  Mais une œuvre à côté de laquelle on peut passer sans la voir tant elle se fond dans le contexte où elle apparaît et où la lecture, le texte devient le code d’accès obligatoire de son apparition. Les moments de la vie quotidienne que livre Patrick Corillon s’ancrent toujours dans les lieux où ils prennent naissance. La fiction est pour l’artiste un postulat de la réalité, non une fuite du réel mais une stratégie pour s’en approcher au plus près. Une méthode d’investigation. Patrick Corillon renvoie mine de rien le spectateur à son actif de lecteur de l’art contemporain depuis Duchamp. Celui d’acteur qui donne vie à l’œuvre. Il formule à chaque fois un écran d’images mentales pour tout un chacun avec ses histoires. Rendre visible l’invisible, faire son propre cinéma, voilà ce à quoi l’artiste nous convoque.
La proposition pour AWS nous plonge dans le monde des pictogrammes. Que se passe t-il quand ces pictogrammes qui régissent notre vie en société, notre comportement urbain, se mettent à avoir une influence sur notre intimité. Quand ils passent des murs de la ville à ceux de notre maison...
 
 
 
14/08/01 21:35
 
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