Le travail de Jean-Pierre Bertrand se situe entre nature et concept où l’un nourrit l’autre :

Nature :
Manipulation de matériaux organiques en surface monochromes, blanchâtres avec le papier imprégné de sel, jaunes avec le citron, rouges avec l’acrylique et le miel faisant office de liant. Ces surfaces obéissent à une règle selon leur format et leur distribution au mur. Ces éléments organiques interfèrent entre eux, à la fois minérals, végétals, animals. Une certaine perception de l’ordre du vivant est ici en jeu. Les derniers travaux utilisent le médium flamand, liant employé en peinture à l’huile, pour donner une certaine transparence. La perception de la surface y est contrariée. Les rapports formels sur la lisibilité s’estompent, le fond devient difficilement appréhendable.

 


Concept :

Le travail s’appuie sur la déclinaison du nombre 54, et sur des dispositifs fictionnels qui s’expriment aussi au travers d’autres médiums comme la photographie, le film, la vidéo ou encore l’emploi de la lettre en néon. Dans un court passage de son livre1, Max Brod raconte que Kafka, avant sa mort, désirait que l’on mangeât devant lui des fraises et des cerises étant donné l’impossibilité où il était d’en apprécier le goût. Chaque fraise fut découpée d’une section carrée que je mangeais à mon tour, et que je photographiais de telle façon que la source lumineuse fut le plus proche de l’objectif afin de créer une légère ombre à la lisière de la partie découpée.
La fraise d’Art Wall Sticker est reproduite sur des vinyls carrés de 15,5 cm de côté et disposés selon une oblique partant du coin supérieur droit du mur vers la gauche. Chaque vinyl est à 17 cm de son voisin, avec un décalage vers le bas de 3 cm (hauteur de la partie manquant de la fraise). Ici, les petites feuilles ont été éclaircies d’un vert flash, et le corps de la fraise a monté en densité rouge. L’image a été en quelque sorte ranimée. Elle acquiert un nouveau statut qui entérine la mémoire d’un rituel. Image fausse, proche de l’image publicitaire où la seule chose à consommer serait sa présence plastique à une partie manquante près.
Jean-Pierre Bertrand,
Paris, le 27 avril 2001.
 
 
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